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L’arbre
de vie
Installation
sculpturale 2012
En
2008, peu de temps avant que la
sculpture de l’artiste béninois Gérard Quenum ‘’Femme
Peul’’ entre au British Museum, le Financial Times, sous la
plume de Jackie Wullschager avait écrit :
"Fières,
intimidantes, rudes,
stoïques, vulnérables, refusant néanmoins tout pathos, les
gardiennes de troupeau de l'oeuvre de Gérard Quenum intitulée
"Femme peul" évoquent la rue, les enfances brisées, les
corps disloqués, l'homme et la bête, un junk art,
la
société de consommation, le vaudou, les masques, Picasso, Warhol,
Giacometti…"
On
est là au cœur de l’impact que
cause une œuvre de Gérard Quenum : fascination,
questionnements et présence de références artistiques fortes. Or
ces artistes majeures Gérard Quenum avouait en toute sincérité,
lors de ses premières expositions, ne pas en connaître la plupart. Et
de fait, on pressent chez lui l’absence d’imitation tant la
sincérité du geste s’impose.
Son
inspiration est plutôt à
rechercher dans sa sensibilité et dans son histoire.
Il
y a sa révolte devant les
souffrances infligées aux plus faibles en Afrique, mais pas
seulement en Afrique. Les plus fragiles sont les enfants, victimes
innocentes dans un monde déstructuré, violent, voire barbare. Et à
travers les poupées, Quenum marque toute son œuvre de leur
présence.
Il
y a son histoire, celle de son pays,
le Bénin, pays de traditions très anciennes mais toujours très
vivantes, expression d’une spiritualité qui imprègne la vie
quotidienne et le geste créateur de l’artiste.
Ainsi,
les personnages de ‘’l’arbre
de vie’’ ramènent aux ‘’bocio’’, espèces de
totems, représentant un individu, un mort, un esprit, qui étaient
placés dans les lieux de culte traditionnels. ‘’Fasciné par
leur simplicité et par le mystère des histoires qui se cachent
derrière, je m’en inspire, j’utilise des bois qui ont
« vécu »
et de vieilles poupées qui cachent aussi toutes sortes d’histoires
pour poursuivre, en contemporain, le travail des ancêtres’’.
C’est,
en effet, une autre composante
de la démarche de l’artiste : ses sculptures, qu’on devrait
peut-être appeler ‘’objets’’ – car il ne sculpte pas, il
assemble -, ou encore ‘’collages tridimensionnels’’, sont
composées d’éléments qui ont ‘vécu ‘’ une vie
antérieures, sont témoins d’autres histoires, ont participé à
des épisodes de vies humaines avant d’être abandonnés puis
réhabilités par Gérard Quenum pour vivre de nouvelles expériences.
Ici,
ce sont d’anciens mortiers et
pilons qui supportent les poupées, rappelant les ‘’bocio’’,
mais aussi la mère nourricière et ses enfants, mais encore un arbre
avec ses fruits. L’arbre, c’est le palmier à huile. Les outils
sont ceux qui servent à extraire l’huile et à piler l’igname,
bases de l’alimentation. Et la vie au village se renouvelle en un
cycle continu : arbre, huile, pilon, nourriture, mère,
enfants,
arbre, pilon, etc.
L’installation
symbolise cette
symbiose entre la vie (les êtres de la famille) et ce qui permet de
la perpétuer. Et le symbole est ici porté à son comble puisque ces
outils indispensables à la vie deviennent les êtres humains
eux-mêmes.
Les
démarches s’entrecroisent, se
superposent donnant naissance entre les mains de Gérard Quenum à un
langage pictural détaché des
écoles, des
courants, à une œuvre très personnelle, à
une pensée profondément humaine et universelle.
André Joly, février 2012
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